Votre panier est vide  Votre compte

Corridors humanitaires militarisés : la controverse

Corridors humanitaires militarisés : la controverse vue de l'ONG MSF

Qu'est-ce qu'un CORRIDOR HUMANITIARE ?

Tandis que les organismes de secours peinent à intervenir en Syrie, la question des corridors humanitaires militarisés a  refait son apparition en 2012. La mise en œuvre d’un tel dispositif reste controversée.  Explication du Dr. Marie-Pierre Allié, Présidente de Médecins Sans Frontières. 

 

onu.jpg

Un devoir moral ?

La création de corridors humanitaires constitue une réponse au principe du droit d’accès du personnel humanitaire aux victimes, et de la responsabilité de protéger. Ce principe est défini par les Nations unies comme l’obligation pour la communauté internationale d’intervenir quand des populations civiles sont menacées de génocide, de nettoyage ethnique, de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité : « Si un État n’assure manifestement pas la protection de ses populations, la communauté internationale doit être prête à mener une action collective destinée à protéger ces populations, conformément à la Charte des Nations unies*" (1).

Ainsi, en février 2012, le Ministère français des Affaires Etrangères déclarait à propos de la Syrie : « C’est un devoir moral de porter secours aux populations victimes de massacres scandaleux. (...) Si le régime syrien persiste dans son refus, une résolution du Conseil de sécurité sera nécessaire pour décider des moyens de permettre cet accès aux populations civiles, par exemple sous la forme de corridors humanitaires »(2) Les Etats n’agiraient donc ainsi que dans le but d’éviter des massacres à grande échelle comme ceux que le 20ème siècle a déjà connus. 

 

La confusion militaro-humanitaire

Ce principe a priori vertueux soulève toutefois d’importantes questions. La mise en place d’un corridor humanitaire militarisé prend notamment le risque d’utiliser la force pour imposer les secours, et donc de rajouter de la guerre à la guerre. Une instrumentalisation de l’aide à des fins politiques, économiques ou militaires est également possible. Le recours à un corridor militarisé met l’aide humanitaire elle-même en danger : les secours peuvent en effet être assimilés à l’une des parties au conflit. «Loin de soustraire le personnel et les structures de soins aux logiques de guerre et de répression, la mise en place de corridors humanitaires reviendrait à militariser l’aide médicale et à en faire une cible »(3) déclarait le Dr. Marie-Pierre Allié, Présidente de Médecins Sans Frontières, en réaction à la proposition de création de corridors humanitaires en Syrie par le gouvernement français. Et le médecin d’ajouter : « Si la France entend soutenir militairement l’opposition syrienne, il serait à la fois hypocrite et dangereux qu’elle le fasse au nom de la protection des blessés et du personnel médical. »

Par ailleurs, le corridor humanitaire – dont les limites géographiques et temporelles sont négociées par les Nations unies - restreint la capacité d’une organisation à intervenir là où elle estime que son action est la plus essentielle. Le corridor limite ainsi de fait l’indépendance et l’impartialité dont se prévalent les organisations humanitaires (ONG) pour être en mesure d’agir sur des terrains sensibles.

 

“La mise en place de corridors humanitaires reviendrait à militariser l’aide médicale et à en faire une cible.

Dr. Marie-Pierre ALLié, Présidente de Médecins Sans Frontières - 2012

2012

 

Définition

Le corridor humanitaire est un passage ménagé pour acheminer les secours aux civils dans un pays en guerre (4). Selon le CICR, il s’agit d’un espace neutre, temporaire, géographiquement délimité et négocié avec les belligérants (5). Ces corridors peuvent être militarisés, c’est-à-dire protégés par une force armée internationale, quand les parties au conflit y sont opposées.

La mise en place de corridors humanitaires militarisés relève de la décision du Conseil de sécurité des Nations unies qui doit voter une résolution encadrant sa mise en place en fonction des dispositions de la charte des Nations unies et du droit international humanitaire*.


casquebleu.jpg

Bibliographie

1. 3ème pilier de la responsabilité de protéger selon le Document final du Sommet mondial de 2005 A/RES/60/1

2. Extrait du point de presse quotidien du ministère des Affaires étrangères et européennes, le 15 février 2012.

3. Communiqué de presse MSF du 17 février 2012 

4. Définition du Petit Robert de la langue française

5. Selon le site web du Comité International de la Croix Rouge www.icrc.org

* A lire :

 

Cet article n'engage pas l'ANARES ni l'EPRUS. C'est un sujet d'actualité qui intéresse les réservistes sanitaires. Le bureau de l'ANARES rappelle qu'MSF est une Organisation NON Gouvernementale (ONG).

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Date de dernière mise à jour : 20/03/2018

- ANARES -

Bienvenue sur le site officiel

Toutes les infos sur

les MISSIONS EN COURS ICI !

? - Quelle indemnisation pour les réservites sanitaires ?

 

Des QUESTIONS sur la réserve sanitaire ? cliquez là

 

contact@association-nationale-reserve-sanitaire.org

@ANARES_RESERVE